Extrait 2 – Funérailles

Les funérailles de Marliesse furent à la hauteur de son statut parmi les Brise-Portes. Sa dépouille était allongée sur le dos, nue et épilée jusqu’au moindre poil, sur une civière de cuivre portée par les sages. On l’avait entièrement maquillée de bleu, ce qui avait un effet des plus fantastiques. Cinq cent pleureuses couvertes de cendres, précédaient de leurs cris le cortège funèbre. Il y avait de chaque côté des joueurs de cymbales qui marchaient en rang, jouant du bout des doigts une rythmique étrange et envoutante. Le doyen dans sa robe noire avançait au-devant, les mains jointes et la tête basse, tandis que Clochide suivait en arrière. On l’avait vêtu, pour l’occasion, d’une longue robe grise qui se terminait par des franges dorées tombant sur ses orteils. Sa capuche était rabattue et il portait un masque blanc qui lui couvrait la face. Le cortège mortuaire chemina deux heures, à travers les galeries du domaine Briseporte. La foule en deuil s’agglutinait sur son passage. Par milliers, ils jetaient des fruits pourris en signe de condoléance. Ou des épluchures de légumes, pour ceux qui n’avaient pas eu le temps de faire pourrir des fruits. Une puissante odeur de phénols et de sulfure d’hydrogène envahissait le seizième étage bis, ajoutant juste ce qu’il faut de morbide à la solennité du moment. A la fin, le corps avait été déposé dans l’atomiseur du clan. Les proches y avaient chacun jeté une fleur blanche, puis le réacteur avait été scellé. Pendant un moment, on n’avait rien entendu que le bourdonnement atomique et quelques sanglots. Puis le témoin de contrôle passa de rouge à bleu, les évents s’ouvrirent et laissèrent échapper les volutes résiduelles. C’était la fin de la cérémonie.