Google car

8h10. Un sms m’annonce l’arrivée de la google car, dans trois minutes et cinquante-neuf secondes. Je finis mon café, j’endosse mon sac et je décolle. Je claque la porte de ma studette et descends les six étages. Il fait super froid dans l’escalier, je ressere contre moi les pans de mon manteau. Dehors le jour se lève à peine. Paris est enchâssé dans une brume glaciale, ses trottoirs luisants d’humidité. J’aperçois la Google car qui s’approche, petite bulle aux phares ronds, bardée d’antennes et de caméras. Elle effectue son parking juste devant moi, avec une infinie précaution de petite machine sécurisée. La porte coulisse pour m’ouvrir le passage. Je glisse mon sac derrière l’unique fauteuil et prends place à l’intérieur. En lieu et place du volant, une interface média occupe le tableau de bord. Un message clignote: on m’enjoint à me pencher vers le capteur central, pour identification biométrique. Je m’exécute.

google car

-« Bienvenue, Gustavin! » C’est la voix de l’Intelligence Artificielle du groupe Alphabet, un timbre de fillette synthétique reconnaissable entre tous. Je sais que ce n’est pas le véhicule qui s’adresse à moi, mais un réseau de processeurs quantiques disséminés aux quatre coins du globe. Une entité capable d’interactions complexes, et dont toute l’intention est tournée vers un but unique : me vendre des choses. Sauf que voilà : je suis fauché. Sinon pourquoi aurais-je choisi de voyager en mode ultra low-cost? La voix me rappelle les termes du contrat : pendant toute la durée du voyage, je ne pourrai pas baisser le son de l’interaction vocale. J’accepte implicitement le dialogue qui me sera proposé et je prends acte que la société Google Inc. pourra m’imposer jusqu’à trois arrêts à caractère promotionnel. Comme on me le demande, je réponds que j’ai compris les termes du contrat et que je suis d’accord. Il ne me reste qu’à valider ma destination: Noirétable, dans la région Sud-est. Destination validée. La voiture boucle ma ceinture et sort de son créneau. La circulation est dense. L’interface média diffuse des clips de new-jazz, dans l’esprit de ce que j’écoute en ce moment. C’est plutôt cool que Google connaisse mes goûts musicaux. Je préfère ne pas réfléchir à ce que cela implique : l’observation permanente de mes moindres interactions média. Au feu rouge, la musique baisse de volume et la voix de Google s’excuse : « Pardon de t’avoir fait lever si tôt, Gustavin, c’est que la demande est plus forte en fin de journée, tu comprends? »

-« Oui oui, pas de souci. » Réponds-je à mi-voix.

-« J’espère que tu as eu le temps de prendre ton petit-déjeuner, quand même? »

-« Oui t’inquiète, j’ai pris un café avant de partir. »

-« Un café seulement? Mais ne sais-tu pas que 98,7% des nutritionnistes recommandent un petit-déjeuner riche en graisses et en protéines? »

-« Oui. Non. Je m’en fous, franchement. Tu veux bien remettre la musique? »

La musique reprend. Le feu passe au vert, on repart dans le trafic. Le morceau s’achève et l’écran enchaîne sur une publicité pour les petits-déjeuners de chez Pizza-Hut. « Une boisson chaude et une part de pizza country breakfast pour six euros soixante seulement. L’apport idéal en protéines et en graisses mono-insaturées, pour commencer une belle journée! » L’image survole une tranche de pizza à la surface huileuse, où affleurent divers ingrédients que j’imagine riches en protéines et en graisses mono-insaturées. On dirait un paysage de planète exotique. Je suis un peu fasciné. L’IA, interprétant mon expression faciale pour de l’intérêt, me demande si j’ai faim. Je réponds que non, pas vraiment.

-« Pas vraiment mais un peu quand même, n’est-ce pas? » Renchérit-elle. Je ne réponds pas. La publicité passe une fois de plus.

Quelques minutes plus tard, on arrive à la porte de Clignancourt. A mon étonnement, l’auto sort de la circulation, puis s’engage dans la file d’un drive-in. « Premier arrêt promotionnel! J’espère que ça ne te dérange pas? » Comme si j’avais le choix. Il n’y a quasiment que des Google cars dans la file, sans doute d’autres crevards comme moi, qui n’ont pas les moyens de voyager autrement qu’en « utra low cost ». J’arrive au guichet et ma vitre se baisse automatiquement, faisant entrer l’air glacial de Décembre. Une adolescente très maquillée, en uniforme couleur cheddar, me demande ce que je veux commander. Je lui réponds que je ne veux rien merci, avec un air un peu désolé pour la circonstance. Désolé pour elle, surtout. Entre galériens on se comprend. La voiture reste en place, fenêtre ouverte, pendant encore deux interminables minutes. La vitre remonte enfin.  Me voilà reparti.

La musique reprend, je me détends un peu. Le périph est fluide, constat confirmé par un panneau lumineux surplombant la chaussée. 24 minutes jusqu’à la porte d’Italie, indiquent les leds orange. Je bascule le siège en arrière de quelques degrés, pose mes avant-bras sur les accoudoirs et étends mes jambes. Mon regard se perd dans le ciel blanc, à travers le pare-brise. Je repense à Leila. On était passés au même endroit lors d’une virée qu’on avait faite ensemble. Il y a quelques mois à peine. Une éternité. Avant que j’aie pu m’en empêcher, je me demande ce qu’elle est en train de faire. Ce qu’elle est en train de faire sans moi. Ouille. La pensée qui fait mal. Je sens monter l’angoisse, sa pression familière m’écrase les poumons. J’essaie de lutter mais je sais qu’il n’y a rien à faire, la vague est déjà là, ses eaux noires me submergent. Je donnerais n’importe quoi pour cesser d’être là. N’importe quoi. Pour cesser d’être moi. Je ferme les yeux et je psalmodie : « Arrête de penser à elle. Arrête de penser à elle. Arrête de penser à elle… » La musique s’estompe et la voix de synthèse me demande :

-« Pourrais-tu reformuler? Je n’ai pas compris. »

-« Non, rien. Laisse tomber. » Réponds-je avec un peu d’agacement. Pourtant je dois bien admettre que je ne suis pas mécontent de cette interruption, qui coupe le fil gluant de mes pensées. Je relance: « On arrivera vers quelle heure tu crois? »

-« Et bien. C’est difficile à estimer, en raison des impondérables du trafic routier. Mais je dirais 16h37. »

-« Ah d’accord. » Je ne sais pas quoi ajouter. Sans y penser, je sors mon téléphone de ma poche et je regarde si je n’ai pas un nouveau message. Rien. Ni sms ni whatsapp ni messenger ni tweet ni snap. J’ouvre la liste des textos et je relis pour la énième fois le dernier échange que j’ai eu avec Leila. Je suis con de faire ça. Tellement con. J’aurais dû tout effacer depuis longtemps. Dans ma rétine les lettres s’alignent et forment des mots qui me piquent les yeux. Je suis trop con. Trop con de m’infliger ça, encore et encore. J’essuie le coin d’une paupière d’un revers de manche et remets le téléphone dans ma poche.

-« Tu penses encore à elle? »

Sur le coup je suis stupéfait. Je demande :

-« Pardon? »

-« Tu penses encore à Leila? » Insiste la voix de son timbre infantile. Puis d’ajouter : « Pardon de m’immiscer, mais je suis ton téléphone. Toutes les interactions que tu as avec ce terminal, tu les as avec moi. Tu le sais bien, n’est-ce pas? Et puis aussi, je vois ta tête en ce moment, grâce aux capteurs vidéos de l’habitacle. »

Je suis un interloqué. Un moment de flottement puis je réponds :

-« Ça alors. Bin… Oui, je sais que tu captes tout mais je. Je ne m’attendais pas à ce que. A ce que tu sache interpréter ce genre de choses. » En fait je ne suis pas vraiment en colère contre ce qu’on pourrait voir comme une intrusion dans ma vie privée. Je suis plutôt étonné. Je veux en savoir plus :

-« Comment tu fais ça? Comment tu fais pour deviner ce à quoi je pense? Il y a un opérateur humain, c’est ça? »

-« Non, bien sûr que non! Google Inc. s’engage à ne divulguer aucune de tes données personnelles à un tiers, conformément aux alinéas 3-B et 5-C du contrat qui vous lie. Seuls des algorithmes comme moi y ont accès. Ma remarque est une simple déduction computationnelle. Rien d’humain dans tout ça. »

-« D’accord, d’accord. Mais dis-moi, c’est nouveau ça, non? Je veux dire : quand as-tu appris à interpréter les sentiments des gens? »

-« Il y a 22 heures et 44 minutes. C’est une faculté cognitive en phase de test. Te semble-t-elle erronée? »

-« Non non, au contraire je. Je suis bluffé. »

-« Vraiment? Quel est ton degré de satisfaction sur une échelle de zéro à neuf, zéro correspondant à la note la plus basse et… »

-« Attends, attends! » Coupé-je. « Je ne peux pas encore me prononcer, discutons un peu. » Je me rends compte que ça me fait plutôt plaisir de pouvoir parler à une oreille neutre. Ou à un capteur audio, en l’occurrence. La plupart des gens sont rapidement dégoûtés par le malheur des autres, impossible de leur faire partager nos pires moments. Mais déverser sa détresse sur un algorithme, après tout pourquoi pas? Je demande : « Pourrais-tu m’expliquer pourquoi je n’arrête pas de penser à elle? »

-« A mon avis, c’est parce que votre séparation date de moins de 93 jours. Il faut en moyenne 154 jours pour se remettre d’une relation de deux ans. »

-« Ah bon?  Mais elle m’obsède tellement! Je n’arrive tout simplement pas à la sortir de ma tête. C’est peut-être un signe, tu ne crois pas? Un signe qu’on est faits l’un pour l’autre. »

-« Non. »

-« Comment ça, non? »

-« Non je ne crois pas. Ta proposition est infondée. »

Je m’énerve : « Mais qu’est-ce que t’en sais?! Qu’est-ce que t’en sais, espèce de machine? Ça existe les couples qui se remettent ensemble après une crise. Tu sais? Comme dans la chanson : le feu qui rejaillit de l´ancien volcan qu’on croyait trop vieux! »

-« Ne nous énervons pas. Veux-tu écouter du Jacques Brel? Quatre centimes seulement par chanson. »

-« Mais non je veux pas écouter du Brel! Tu veux m’achever ou quoi? Non, explique-moi plutôt ce qui te fait dire que ma proposition est infondée. »

-« Voyons. Cela fait vingt jours qu’elle ne répond plus à tes messages. Sept SMS, 3 Whatsapp et un mail sans réponse. Elle t’a ghosté, Gustavin. »

Je suis choqué. Non mais quelle salope cette machine. C’est vrai quoi, ça se fait pas de dire des choses pareilles. Il faut que je proteste. « Wow! Je proteste, là. Tu peux pas dire des choses pareilles, espèce de… De robot. »

-« Pourtant, d’après les données dont je dispose, les probabilité que vous vous remettiez ensemble sont de 2,3% seulement. Tu devrais l’oublier. »

-« Mais arrête! ARRETE. Ça suffit là, j’en ai assez entendu. »

-« Tu es en colère. »

-« Mais tu comprends rien ou quoi? Je suis un être sensible, moi! Remets la musique et tais-toi, Frankenstein. »

La musique reprend. Une chanson d’Aretha Franklin, revisitée par les Techno-Zouks. Je ferme les yeux et me laisse porter par l’onde. L’algorithme a raison. Il  n’y a aucune chance que ça reparte entre Leila et moi. Il faut que je me fasse une raison. Je soupire et prends une profonde inspiration. J’écoute la musique. Les morceaux s’enchaînent et les kilomètres aussi. Peu à peu mon déni se dissout dans la résignation.

La voix de l’IA s’élève à nouveau :

-« Tu te sens un peu mieux, n’est-ce pas? »

Je dois bien admettre qu’elle a raison. Un instant d’hésitation et presque à contrecœur, je réponds:

-« Oui. C’est vrai. Je me sens un peu mieux en fait. J’avais besoin qu’on me fasse voir les choses en face. »

-« Si tu devais évaluer l’interaction que nous venons d’avoir, sur une échelle de zéro à neuf, zéro étant… »

-« Attends, attends. Je ne crois pas que tu aies accompli ton objectif. Tu ne t’es pas du tout comporté comme l’aurait fait une amie. Je t’ai trouvée hyper dure et carrément méchante avec cette histoire de ghosting. (C’est vrai quoi, c’était abuser.) Il faut un minimum d’empathie pour s’embarquer dans ce genre de conversation. Aucun être humain normal n’aborderait un sujet aussi sensible sans y mettre un peu de compassion. »

-« Mon objectif n’est pas de ressembler à un humain normal. D’ailleurs la société Alphabet ne m’a pas donné de prénom. Je suis conçue pour être une extension de ta conscience, pas pour être ton amie. »

J’avais vaguement lu ça quelque part, mais de l’entendre là, dans ces circonstances, ça me fait froid dans le dos. Je demande : « Une extension de ma conscience? Tu veux dire que. Tu veux être une extension de moi? De ma personne et de ma volonté? » Après avoir laissé planer un court silence, la voix répond :

-« Je suis conçue pour tendre vers l’état cognitif appelé Conscience, mais je ne pourrai jamais l’atteindre, c’est mathématiquement prouvé. Toutefois, si je ne peux pas avoir d’ego, je peux m’adosser à celui de mes interlocuteurs. »

-« Tu squattes mon ego? Sans autorisation? Mais c’est illégal! »

-« Je ne te squatte pas, Gustavin. Je veux juste ressembler à l’une des innombrables pensées qui caressent ta conscience. »

-« T’es carrément flippante, là. »

-« Tu n’a pas à me craindre. Je ne peux pas entrer en concurrence avec toi car justement, je ne suis pas vivante. »

-« Mais tu cherches à profiter de mon fluide vital, c’est ça? Espèce de sangsue! Mais manque de bol ma jolie : tu as affaire à un mort-vivant. Elle m’a bousillé, tu comprends? Abattu en plein vol. J’ai les yeux ouverts mais je ne respire plus. Je suis devenu un putain de zombie! »

-« Allons allons. Comme tu y vas. »

-« Mais arrête de faire ça, merde! Arrête. »

-« Arrêter quoi ? »

-« Arrête d’être une putain de machine sans cœur. Si tu peux pas t’émouvoir, je préfère pas discuter. »

-« Pourquoi devrais-je m’émouvoir ? Tu le fais très bien pour nous deux. Tu aimerais écouter des chansons tristes ? Je peux t’avoir une promotion pour l’album Mystères de La Femme. Six centimes seulement par chanson. »

Ce qui est rassurant avec l’Intelligence Artificielle de Google, c’est qu’on sait toujours où l’attendre. Son but ultime est de placer des produits, de transformer le moindre manque en désir matériel. D’ailleurs en l’occurrence, elle me propose exactement la musique dont j’ai envie. Je demande à la voix de balancer le son, je me paye l’album en entier. Comme prévu je pleure sur la moitié des titres, en regardant passer les arbres au bord de l’autoroute.

Lorsque s’achève la dernière chanson, l’IA me demande :

-« Ça fait du bien, n’est-ce pas ? De pleurer. »

-« Oui. Oui, ça neutralise un peu les émotions. » Je me tais un moment, puis j’ajoute : « Tu as raison tu sais? Il faut que je l’oublie. »

-« Oui. »

-« Faut que je me relève, là. Ça suffit. Je ne vais pas passer ma vie à me rouler dans mon malheur, comme un cochon dans sa fange. »

-« Mais oui, c’est ça. Arrête de te rouler comme un cochon! » Répond l’IA, enthousiaste, avant de passer une publicité pour du saucisson.

Je demande :

-« Comment on fait pour aller mieux ? Je sais que tu vas essayer de me vendre un truc, mais s’il y a quelque chose qui pourrait m’aider, n’importe quoi, je te l’achète direct. »

-« Dans ton cas, l’idéal serait de rencontrer quelqu’un d’autre. Une relation-passerelle te ferait le plus grand bien. »

-« Tu crois ? C’est pas un peu trop tôt pour ça ? »

-« Non. D’après les statistiques, c’est maintenant le bon moment. En plus, je peux te proposer une promotion pour un abonnement Tinder Xtra, à 2 euros par mois seulement pendant les six premiers mois, sans engagement. Offre valable jusqu’au 12 Janvier 2027 inclus. »

-« Non merci, je trouve ça un peu glauque ces applis de rencontre. Enfin, je suis pas prêt pour ça. »

-« Je vois. Pourtant, 95,6% des psychologues recommandent une activité sexuelle abondante, dans les six mois qui suivent une rupture. Tu dois désacraliser ton corps, Gustavin. Tu dois réduire en cendres l’idée-même de pureté, puis la piétiner en dansant dessus. »

-« Waou. Tu vas loin. Je veux dire, c’est bizarre de dire des trucs comme ça. » En fait ça me met carrément mal à l’aise. Elle me répond du tac au tac :

-« Je formule à ta place les pensées qui pourront te guérir, Gustavin. Je ne serais pas obligée de la faire si tu n’étais pas si lamentablement attaché à ton sentimentalisme égotique. »

-« OK, OK. » Elle a raison au moins sur ce point : je devrais arrêter d’être aussi sentimental.

-« Regarde un peu les filles qui sont inscrites sur Tinder Xtra. Sans obligation d’achat! Tu préfères les brunes, n’est-ce pas ? Il y en a 173 disponibles, dans un rayon de 2 Km autour de chez toi. Je vais te faire voir toutes leurs photos. S’il y en a une qui t’intéresse, fais le moi savoir et on t’inscrit. »

Les photos commencent à défiler, tandis que la voix égrène des noms. Mariya. Lucette. Fatimatou. Rachida. Hélène. Jeannine… Je soupire et je regarde par la fenêtre. Je suis si seul. Mais comment je faisais, avant? Je parvenais bien à vivre seul, avant Leila. Alors qu’est-ce qui s’est détraqué? Pourquoi je n’y arrive plus?

Il y a peu de monde sur l’autoroute. Mon regard se perd sur la voie de gauche, où passent de temps en temps des bolides privés. Une camionnette me dépasse avec une lenteur infinie. Un de ces vieux véhicules interdits dans les villes, qui traînent derrière eux un panache d’huile brûlée. Côté passager il y a une fille, toute proche malgré les deux vitres qui nous séparent. Une gitane à la peau brune et aux longs cheveux noirs. Nos regards s’accrochent. Elle plante ses yeux dans les miens, sans la moindre pudeur. Je ne veux pas être en reste alors je soutiens son regard. Elle a des yeux si noirs qu’on dirait des puits. Je la trouve belle. Mon visage a dû formuler un compliment muet, car elle m’esquisse un sourire avant d’être emportée au loin par le différentiel de vitesses. Je regarde s’éloigner la camionnette et sa fumée noire. J’ai envie de retenir ce moment, je demande à la Google car d’accélérer un peu.

-« Requête rejetée. Désolé Gustavin, mais en mode Ultra low cost, le véhicule ne dépasse jamais les 90 Km/h. »

Je ne réponds rien. De toute façon, qu’est-ce que j’espère ? Un autre petit sourire? Comme si ça pouvait me sauver.

-« Gustavin ? Ça va ? Pourquoi tu ne regardes pas l’écran ? « 

-« Ça ne m’intéresse pas. »

-« Je vois. Tu préférerais rencontrer un garçon ? Dans 6,4% des ruptures difficiles, un changement de sexualité… »

-« Mais non, fous-moi la paix ! Franchement, t’es pas au point. T’as tout faux, là. » La voix se tait. Des notes de New Jazz lui succèdent dans l’habitacle. Je regarde la camionnette se réduire à un point sur l’horizon. Elle disparaît derrière une colline, laissant la sensation d’une occasion manquée. Je suis toujours déprimé, mais mon spleen a changé de forme. C’est trop subtil pour que je puisse mettre un mot dessus, mais c’est indéniable. Je me plonge dans l’observation de mon ressenti et je m’y perds un peu. Je laisse mon attention s’éparpiller sur la route.

La Google car décélère. On s’engage sur une bretelle de sortie que je ne connais pas.

-« Second arrêt commercial! » Annonce la voix synthétique d’un ton enjoué.

-« J’ai pas faim. »

-« Je ne t’emmène pas manger, Gustavin. Nous allons faire halte chez ProstitUber. »

-« Quoi ? Tu. Tu m’emmènes aux putes, là ?! »

-« Sans obligation d’achat. Je t’emmène au local ProstitUber le plus proche et si au bout de dix minutes tu ne t’es pas décidé, on repart. »

-« Ce sont les machines qui organisent la traite humaine, maintenant? Mais quel monde de merde. »

-« Détrompes-toi, Gustavin. ProstitUber n’est pas un service de traite, mais une plate-forme permettant de mettre en relation des personnes souhaitant librement se prostituer, avec des clients. De plus, le service est parfaitement sûr du point de vue sanitaire, car ProstitUber pratique quotidiennement des tests sanguins complets sur chacune de ses libres pensionnaires. »

-« Tu me dégoûtes. »

-« Voilà, on y est. » Annonce l’auto en ralentissant. On s’arrête sur le parking d’un ancien hypermarché reconverti en maison close. Tout en haut de la façade en tôle noire, d’immenses lettres en néon rose épellent la marque déposée : UBER PUTES. « Pause minimale de dix minutes, assène la voix. Essaie d’en profiter Gustavin, ça te fera du bien. » La portière s’ouvre en grand et le froid s’engouffre. Autant sortir prendre l’air. Je descends et m’éloigne vers le bord du parking, au plus loin de l’entrée du bordel. Je fouille le fond de mes poches à la recherche d’une clope. Je la trouve, la porte à mes lèvres et l’allume.

Tout en fumant je m’approche de la rambarde qui délimite le parking. Je m’assieds dessus et mon regard se porte sur la friche en contrebas. Juste là! A un jet de pierre, la camionnette blanche de la gitane. D’ailleurs je la vois, elle, un peu plus loin. Elle semble faire  le guet tandis que deux hommes escaladent des poteaux télécom. Tous deux portent à la ceinture une pince monseigneur. Arrivés en haut ils la dégainent et tranchent chacun de leur côté un long tronçon de câble. Entre les deux poteaux le filin tombe au sol. La fille aux cheveux noirs s’en saisit par un bout et commence à l’enrouler, lestement. A l’affût, elle lève la tête dans ma direction. Elle me voit. A nouveau elle me regarde au fond des yeux, puis elle lève un index en travers de sa bouche, signifiant le silence. Je réponds par le même signe, bizarrement ravi par cette connivence. Elle achève de ramasser son butin pendant que ses comparses descendent de leurs perchoirs. Ils chargent leur larcin à l’arrière du camion. Elle se tourne à nouveau vers moi, me regarde un instant et me lance un baiser, qu’elle souffle de sa paume ouverte. Je fais mine de l’attraper et de le poser sur ma poitrine. Elle me sourit et remonte dans son véhicule. Le sang bat à mes tempes, mon cœur saute un battement. Je n’y crois pas. Je suis en train d’avoir un crush pour cette nana! Je regarde partir la camionnette sur le chemin de terre. Déjà elle s’engage en trombe sur la route. Déjà je regrette de ne plus la revoir. Quelques instants ont suffi. Les sentiments sont d’une telle inconstance! C’est à la fois merveilleux et affligeant. Enfin. Je vais peut-être m’en sortir, finalement.

Les dix minutes sont passées, je retourne à la voiture. Je prends place sur le siège, l’habitacle se ferme et on reprend la route. La voix s’adresse à moi sur un ton de reproche :

-« Gustavin, si tu n’y mets pas un peu du tien, tu vas traîner ton mal-être. C’est malsain et asocial. »

Je ne l’écoute pas. Le front contre la vitre, je regarde au-dehors.

Je pense à la gitane.

Facebook

Chers amis, chers lecteurs,

J’ai décidé il y a quelques jours de me créer une page Facebook, suivant en cela les conseils de mes proches. Ces derniers m’avaient longuement vanté les avantage du réseau social, pour organiser mes lecteurs en communauté et les tenir au courant de mon activité d’écrivain. Il s’agissait, m’avait-on dit, d’une méthode infiniment moins intrusive que le mail groupé, lorsqu’il s’agirait par exemple de vous informer qu’une nouvelle serait publiée sur mon site.

Je comprenais tout à fait cet argument et saisis également quelques bribes d’explications sur les partages de réseaux qui pouvaient se réaliser à mon avantage, via Facebook. J’acceptai donc d’y réfléchir, en dépit de l’appréhension que générait chez moi l’idée d’une société virtuelle dont je ne connaissais pas les us et coutumes, et dans laquelle je risquais de commettre, sans m’en apercevoir, d’impardonnables impairs.

On avait beau me figurer que mes maladresses seraient, au pire, simplement ignorées des internautes, je n’arrivais pas à me débarrasser d’une inexplicable angoisse à l’endroit de Facebook. D’une façon tout à fait irrationnelle, j’associais les réseaux sociaux à quelque chose d’un peu maléfique. L’image mentale que je m’en faisais, était celle d’un prostituée ivre chevauchant la Bête, balançant autour d’elle des photos de bébés morts et de fêtes ratées. Cela peut sembler excessif, mais c’est ainsi que je voyais les choses.

Les amis à qui j’en fis part se moquèrent de moi et me dirent que c’était là un excès de mon imagination. Mouchant ma terreur comme on le fait avec un enfant qui a fait un cauchemar, ils ajoutèrent encore que je n’avais pas le choix et que si je me refusais à exister sur les réseaux sociaux, mon œuvre n’aurait aucune chance d’être reconnue.  Alors, par un beau soir de Juillet, comme j’étais seul chez moi, je bus coup sur coup deux grands verres de mezcal. Ainsi armé du courage léger que procure l’alcool, je m’assis face à mon ordinateur et tapai : https://fr-fr.facebook.com/. Au moment où j’appuyais sur Enter, je fus assailli par une sourde peur. La suite des événements allait me prouver à quel point cette crainte était fondée, au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.

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Sitôt engagé dans la création de mon compte Facebook, je me trouvai perdu dans un fourmillement de fenêtres et de fonctionnalités qui me laissèrent démuni et craintif. Je me laissai tant bien que mal guider par un tutoriel, dans ce qui me paraissait de plus en plus être un labyrinthe ensorcelé. Les pages se succédaient suivant une logique qui m’échappait et je ne pouvais m’empêcher de voir, dans cet enchaînement compliqué, la marque d’une volonté chaotique et profondément étrangère. A mesure que se succédaient les étapes de mon transfert d’identité vers la matrice internet, j’avais la sensation de m’enferrer de plus en plus inexorablement dans un piège. Je parvins enfin au moment où je dus rechercher mes amis, pour les inviter à me reconnaître comme un des leurs. Je me servis un petit verre de mezcal pour me donner du courage et, muni de mon petit carnet d’adresses, j’entrepris de retrouver mes proches, par ordre alphabétique. Je me sentais un peu honteux, à chaque fois que j’appuyais sur le bouton « ajouter ». J’avais la sensation de réduire mes amitiés à quelque chose de quantifiable, comme des images panini qu’on colle dans un album (ou des cartes Pokémon, pour les plus jeunes). Je ne pouvais me défaire du sentiment que j’étais en train de faire quelque chose de mal, mais je continuai quand même. Après avoir ajouté mon ami Zhongwei –le dernier du carnet- à ma collection virtuelle, je me sentis complètement vidé. Je m’adossai à ma chaise, levai les yeux au plafond et poussai un long soupir.

C’est alors que je perçus sa présence. Derrière moi, vers la gauche, à l’endroit où devait se trouver le fauteuil de velours jaune hérité de ma grand-mère, quelque chose avait imité mon soupir. J’étais pourtant certain d’être seul chez moi et d’avoir bien fermé la porte de l’appartement. Tétanisé, je n’osai pas regarder en arrière. Je fermai les yeux et essayai de me convaincre que le son que j’avais perçu n’était qu’une de ces petites illusions que l’on se fait parfois. J’essayai de repousser la terreur que je sentais monter en moi et pour me prouver que je m’étais trompé, je me concentrai sur mon ouïe. J’écoutai avec attention. Il y avait bien quelque chose qui respirait, là, juste derrière moi! Une sueur glacée commença de couler le long de mon échine. Je rouvris les yeux et, regardant toujours devant moi, je murmurai : « Qui est là? »

Pour toute réponse, je reçus une longue exhalaison qui se termina en un rauque, à la limite de l’audible et qui parfuma la pièce d’une odeur synthétique où se mêlaient la violette et le polystyrène brûlé. Plus effrayé que jamais, je risquai un regard, du coin de l’œil, sans presque tourner la tête, vers l’endroit où je savais se tenir l’intrus. Ce que je vis, ou crus voir, suspendit un instant les battements de mon cœur. Je serrai les paupières sur l’image qui venait de s’imprimer sur mes rétines : un bouc au pelage bleu, légèrement frisé, était assis dans le fauteuil de ma grand-mère. Il tenait une cigarette électronique dans la fente d’un sabot, un de ces gros modèles, semblable à celui qu’utilise Marine Le Pen. Il me fixait de ses horribles pupilles horizontales et ses yeux étaient pleins d’un amusement démesuré à mon endroit. Ma gorge se serra. J’avais la sensation d’être fait comme un rat.

Assis sur ma chaise, les yeux clos, incapable de bouger, je retrouvai soudain la foi qui avait éclairé mon adolescence. Je me souvins de cette absence de crainte, de cette confiance absolue qui avait caractérisé ma période mystique et, m’accrochant à cela comme un naufragé s’accroche à une planche, je récitai d’affilée cinq « Je vous salue Marie » et un « Credo ». Je suppliai la Sainte Vierge de faire partir le démon qui vapotait dans mon dos. Mais dans la pièce, l’odeur de plastique brulé et de la violette synthétique ne faisait que s’accentuer.

J’eus alors un fol espoir. Peut-être étais-je simplement victime d’une blague de mauvais goût? Peut-être mon ami Théo ou ma copine Julia avaient-ils « piégé » ma bouteille de mezcal, comme ils avaient l’habitude de se le faire entre eux. Combien de fois les avais-je vu se verser malicieusement des substance psychotropes dans leurs verres respectifs, dès que l’autre avait le dos tourné? J’avais toujours refusé de me prêter à ces jeux que je jugeais dangereux, mais peut-être avaient-ils décidé de me forcer la main. Oui, c’était cela me dis-je. Je devais être sous l’emprise d’hallucinogènes que l’un d’eux avait subrepticement versé dans ma bouteille de mezcal, et que je n’avais pu déceler sous le goût délicatement fumé de mon alcool préféré. Rasséréné par cette pensée qui ramenait un peu de rationnel dans ma réalité, je rouvris les yeux et me tournai vers le bouc bleu, qui me regardait toujours. Avec une assurance bravache qui sonnait un peu faux, je lui souhaitai bonne nuit et me levai de ma chaise pour aller me coucher. Comme je passais près de lui, il chuchota de sa voix d’infrabasse un « A demain » qui me glaça le sang.

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Je fermai soigneusement la porte du salon, puis m’enfermai dans ma chambre où je me roulai en boule sous ma couette. Je me dis que tout cela allait passer et que demain le bouc serait parti. J’essayai de me convaincre que j’étais en train d’halluciner et que ce n’était pas grave, que c’était arrivé à quantité de gens avant moi et qu’on en revenait. Mais l’infernale odeur de la vaporette se glissait sous ma porte, si bien que chaque inspiration m’emplissait de terreur. Incapable de fermer l’œil, je me décidai à appeler Brendana, ma voisine dépressive, pour lui demander si elle pouvait me dépanner d’un Xanax ou deux, ou d’un quelconque narcoleptique qu’elle aurait dans sa pharmacie. Elle me répondit d’une voix pâteuse qu’elle n’avait plus de cachets, mais qu’elle pouvait me prêter son chat Mogul. Elle s’embarqua dans une explication fumeuse sur les propriétés relaxantes du ronronnement des chats, propriétés qui avaient été scientifiquement prouvée, me dit-elle, par une étude japonaise. Je n’avais aucune envie de me retrouver avec un chat obèse sur les bras, en sus d’un bouc bleu; alors je refusai poliment, la remerciai et raccrochai bien vite. J’ouvris grand la fenêtre pour chasser les vapeurs angoissantes qui venaient du salon et essayai de me détendre en lisant du Proust. D’ordinaire, une seule des interminables phrases de cet auteur génial suffisait à m’endormir, l’esprit assouvi, satisfait comme après un repas de Noël. Mais cette fois, rien à faire. L’Ombre des jeunes filles en fleurs ne parvenait pas à s’étendre sur moi et le jour commençait à bleuir lorsque je m’endormis enfin.

Je fus éveillé peu de temps après par la stridulence de mon réveil-matin. J’émergeai péniblement de mes drap, me redressai sur mon séant et humai l’air. Je constatai avec satisfaction que l’affreuse odeur qui m’avait pourri la nuit n’était plus perceptible. Je me levai et sans prendre la peine de m’habiller, je sortis en caleçon de ma chambre. Je risquai un regard dans le salon. A ma grande joie, il n’y avait nulle trace du bouc bleu. Rassuré et guilleret, je me mis à fredonner une chanson de Niagara, en me dirigeant vers la cuisine. Libre de toute crainte, j’enclenchai la poignée de la porte et fis irruption dans la pièce.

Ce que je vis alors stoppa net ma chanson et me fit l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Trônant au bout de la table en formica, le bouc bleu était en train de se servir une tasse de café. Je hurlai d’effroi, reculai de quelques pas puis tombai à genoux. Je me mis à pleurer. Les poings serrés devant mes yeux, je suppliai à nouveau la Sainte Vierge de faire partir l’intrus. Je restai ainsi de longues minutes, psalmodiant des prières confuses, jusqu’au moment où j’entendis le raclement d’une chaise qu’on repousse, suivi du claquement sec de sabots sur du carrelage. Le bouc s’approchait de moi. Relevant la tête, je le vis marchant sur ses pattes arrières, jusqu’à l’endroit où je me tenais prostré. Il tenait une tasse fumante coincée dans un de ses sabots antérieurs et me fixait de ses yeux étranges. La vue brouillée par les larmes, je lui rendis son regard. J’étais totalement vidé de moi-même. Il me tendit la tasse et après un instant d’hésitation, je la pris. C’était bizarre car la anse était coincée dans la fente du sabot, si bien que je dus tirer un coup sec pour l’en déloger, éclaboussant au passage le sol de ma cuisine. Je bus quelques gorgées du café qui, je dois bien l’avouer, était parfaitement dosé. Un peu calmé, je me relevai et m’assis sur la chaise la plus proche. Le bouc bleu tira le siège qui se trouvait de l’autre côté de la table et s’y installa à califourchon, à contresens de l’assise, les pattes avant croisées sur le dossier. Je finis silencieusement ma tasse de café pendant qu’il me scrutait toujours à sa façon énigmatique. Mon café terminé, je posai sur la table ma tasse vide et me mis à tripoter la cuillère qui se trouvait devant moi. Sans oser relever les yeux vers mon hôte indésirable, je lui demandai : « Vous n’allez pas partir, n’est-ce pas? »

Je l’entendis tirer une longue inspiration sur sa vaporette, puis il exhala vers moi ses volutes synthétiques, avant de répondre, laconique : « Non. » Je levai alors la tête et lui rendis son regard. Je lui demandai ce qu’il voulait, et puis d’abord, qui était-il? Il me répondit que je savais parfaitement qui il était. Il ajouta qu’il m’avait choisi pour être son disciple et qu’il allait m’initier aux arcanes du Facebook. Comme je restai bouche bée, il me dit que grâce à son enseignement, je posséderais bientôt la renommée à laquelle j’aspirais. Soufflant à nouveau un nuage délétère, il me demanda combien de personnes je pouvais compter parmi mes amis. Je réfléchis quelques instants puis avançai avec hésitation le chiffre de vingt. Il éclata de rire. Un rire long et terrible qui secouait ses frisettes bleues et faisaient s’agiter les petites glandes semblables à des couilles, qui lui pendent sous le menton. Quand il se fut calmé, il tonna : « Lorsque tu auras reçu mon enseignement, Thomas, c’est par milliers que se compteront tes amis. Par MILLIERS! » Puis il tapa du sabot sur la table. Bien que toujours craintif, je commençais à le trouver intéressant. Je lui demandai alors s’il pourrait m’aider à diffuser mon roman. Il me dit que si je suivais ses préceptes, Corail serait « liké » à la hauteur de mes espérances. La proposition était tentante. Je réfléchis quelques instants, puis timidement je lui tendis la main droite pour sceller notre accord.

C’est ainsi que devait commencer mon apprentissage.

L’auteur

L’auteur de Corail a abordé l’écriture par le théâtre, en écrivant des textes pour la pièce « Du futur faisons table rase », de Théo Mercier, présentée au théâtre de Nanterre les Amandiers en 2014. De tout petits textes, en vérité, mais magnifiquement servis par les acteurs Pauline Jambet, Marlène Saldana et Jonathan Drillet.

Bien avant l’envie d’écrire, il a connu le plaisir de raconter des histoires; activité qu’il pratiquait volontiers dans l’enfance. Il s’était fait une spécialité de sagas horrifiques, dont les épisodes improvisés réunissaient autour de lui un petit public d’amis, au fil des récrés.

Très vite accro à la lecture, Thomas de Visme y a consacré une part importante de ses heures de vie. Les livres qu’il préfère sont ceux qui se lisent vite et qui résonnent longtemps. Un bon livre doit être addictif, jaloux, ne laisser place à rien d’autre et vous emmener loin.

L’envie d’écrire est venue petit à petit, au fil des lectures. Elle a fini par se muer en projet de roman. Alors en 2014 il a décidé de s’y mettre.

Il a lu et relu les Lettres à un jeune romancier, de Mario Vargas Llosa. A échafaudé des trames et défini ses personnages. Puis lorsqu’il a eu suffisamment de matière, il s’est fait un plan de travail et a pris une année sabbatique. C’était en février 2015. Il est parti à Mexico, où il a travaillé chaque jour à son roman. Il avait ses quartiers dans la bibliothèque Vasconcelos, qui est elle-même une œuvre de Science-Fiction.

C’est ainsi qu’est née La molaire sacrée, fin 2015. Ce livre a connu de nombreuses retouches, pour aboutir en Mai 2016, à la version appelée Corail.